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En complément de l'excellent compte rendu de Stef voici la version de l'éPOPée de l'équipe Laure/Thierry.

Il est midi, sous la pluie battante, le départ tant attendu depuis des semaines est donné. Equipé d'un moral d'acier et de nos deux sacs de 10kg nous voilà parti avec notre foulée "légère" vers la pente herbeuse ou nous attendent les définitions de postes.

L'ambiance est apocalyptique, des cartes, des defs, des housses de sacs et de nombreux objets volants non identifiés, traversent la prairie pour s'envoler au loin dans la vallée. L'ambiance est donnée et nous y sommes avec les deux pieds dedans. Nous trouvons un petit fossé pour commencer le report. Le stylo indélébile me lâche au bout du deuxième report, la poisse ! Heureusement que sur les conseils de JB et Julien (profs de ballons ayant vécu en Guyane) nous avons acheté un porte mine qui selon leurs dires est le seul moyen fiable pour écrire dans des conditions humides. Nous décidions de quitter ce lieu battu par des trombes d'eau et le vent pour entamer la course et reporter plus tard dans un lieu plus clément. Finalement en contre-bas je repère les garages d'une résidence, qui ayant l'air "relativement" abrités, représentent un lieu de report plus "confort" et finalement parfait pour y reporter l'ensemble des 22 postes au menu du jour.

 

Après quelques mises au point le départ est donné, plus grand monde dans le coin, il est temps de commencer les festivités ! Nous attaquons par la pente herbeuse, boueuse et raide toujours battue sous un vent qui se fait de plus en plus violent. Je viens juste d'investir dans une veste anti-pluie high-tech Ronhill "Tempest" c'est dire que la prémonition fut bonne car la "Tempest" est bien là sur nous. La capuche serrée laissant juste passer les yeux et la tête baissée, nous arrivons au parking en haut ou l'orientation peut enfin commencer. Nous traversons le parking pour prendre un premier chemin à gauche, toujours tête baissée et "bang" trou noir, blanc, coloré je viens de m'encastrer violemment la tête dans un poteau de barrière transversal. J'y rentre dedans avec tellement d'entrain qu'il me fait reculer de 50cm, surprise, panique et palpation rapide pour faire le point sur ma face. Par chance je ne saigne pas et le poteau me heurte entre le front et l'arrête du nez, rien de cassé il me faut quelques secondes pour reprendre mes esprits, ça fait mal mais j'en ai vu d'autres et nous venons tout juste de démarrer alors en avant, je ferai mes comptes plus tard...

 

Après un court passage en sous-bois abrité nous voilà à nouveau exposé à la pluie battante, la première balise est en approche. Nous attaquons une pente raide et boueuse ou des dizaines de participants se livrent à une franche partie de jardinage, je trouve et valide notre première balise, ça y est cette fois-ci c'est parti la course est officiellement lancée pour nous. Nous montons toujours en altitude pour gagner la 2, l'ambiance est à la rando, tout le monde se suit à la queue leuleu. L'orientation se passe plutôt bien, à chaque poste nous validons ensemble le choix d'itinéraire car nous sommes une équipe et cela fonctionne super bien car nos stratégies sont payantes avec des itinéraires sans fautes. Nos choix s'orientent principalement vers les chemins avec quelques raccourcis hors pistes, les descentes sont raides et la surface est grasse, cela ressemble à du ski de piste car ça glisse énormément. Après la 5 nous débouchons sur un plateau en altitude au niveau de la station de ski, la météo devient dantesque, le départ au niveau de Villard de Lans était juste un avant goût. Des bourrasques de vent et de pluie nous écrasent. Nous traversons la station et passons devant un café-épicerie qui malgré son aspect accueillant ne nous arrête pas, notre moral est toujours ambiance béton armé. Nous traversons le bas de la piste en courant à travers la prairie, j'écarte les bras et entonne l'air de la petite maison dans la prairie, faut bien rigoler un peu...

 

Retour en sous-bois cela va tout de suite mieux, la forêt nous abrite des mauvaises conditions météo. Nous gagnons toujours en altitude pour atteindre le haut des pistes ou la météo atteint son paroxysme. Il y a encore quelques névés de neige qui parsèment les couloirs de ski, une neige fondue vient même agrémenter la situation qui avait vraiment besoin d'évoluer, le vent et la pluie battante devenait plutôt banal. Je commence à me demander si nous allons finir par rattraper les Micha car sans courir nous avançons sans sourciller d'un pas soutenu et décidé vers la 7. Les grands esprits se rencontrent car à la sortie du sous-bois et à l'approche nous apercevons Stef et Mimi, douche froide (si je peux me permettre le jeu de mots) Stef me fait un signe de bras en croix, nous les rejoignons rapidement pour prendre la température de la situation. Elle est effectivement ambiance hypothermie, nos deux copains sont mal en point, Mimi est bleue et Stef tremble comme une feuille. Voir la souffrance de mes deux copains me ponctionne le moral, j'ai envie de les frictionner de les secouer de les faire repartir mais leur décision "juste" et "raisonnable" est prise, ils abandonnent... Si la déception est grande pour nous elle n'est rien comparée à la leur... mais la plus grande force d'un sportif expérimenté comme Stef, c'est de savoir s'arrêter à temps car la santé, le plaisir et la sécurité sont des priorités absolues en pareilles circonstances. La gorge noué nous les quittons, je sais qu'ils ne sont pas encore tiré d'affaire mais avec la direction retour vers la vallée je sais que la situation ne pourra que s'arranger. J'ai confiance en Stef, je sais que "mon héros" ramènera sa moité à bon port !

 

Nous voilà donc reparti, après un "check" (claquage des mains des deux équipiers) et une large banane qui se laisse entre-apercevoir sous la capuche de Laure, notre moral est toujours à fond et le physique aussi. Arrivé finalement à la 7, Laure me dit qu'elle ne maitrise pas l'orientation à l’azimut, je veux faire le malin et lui propose d'attaquer la 8 en direct ! C'est une erreur grossière car nous arrivons dans la partie technique. C'est une zone en sous-bois brassée ou tout se ressemble, la carte est au 15000 et les marquages de postes commencent à s'effacer. Nous commençons donc notre première partie de jardinage et nous sommes loin d'être les seuls. Des groupes en perditions, un gamin perdu qui cherche son père, plus loin un père perdu qui cherche son gamin. Nous décidons de repartir sur de bonnes bases et finissons par mettre la main dessus. Le ton est donné, la raid orientation passe à l'étape supérieure, il va falloir jouer la sécurité... La balise suivante est également coriace, la précision de la carte est telle qu'il est très difficile d'y voir des points d'appuis, il faut une loupe pour voir que le petit point est une dépression. De plus mon esprit embrumé me fait oublier que nous sommes sur du 15000, j'utilise du double pas sur une base 10000, il manque donc facilement 200m quand nous tournons à droite pour attaquer la balise. Il y a bien ce petit chemin mais après une boucle pour retomber sur le chemin de départ, je réalise que c'est finalement un clairière matérialisée pas un minuscule trait jaune, nous ne sommes finalement qu'à la moité de la distance avant d'attaquer le fameux petit chemin. Après 30 minutes gâchées nous arrivons en amenant d'autres équipes avec nous directement sur la balise 9. Les erreurs de la 8 et 9 nous auront fait perdre une bonne heure mais pas la bonne humeur. Les balises suivantes sont faciles et puis le terrain est tellement marqué qu'il suffit de suivre la trace de boue ! L'heure avance nous sommes déjà à 5h30 de course et avons atteint l'heure limite indiqué sur les balises. 45 minutes de retard mais c'est pas grave notre moral et notre volonté indéfectible n'est toujours pas entamée, on avance coûte que coûte tant que nous le pourrons, au pire nous avons nos frontales et pouvons toujours basculer sur une CO nocturne...

 

A partir de maintenant nous redescendons dans la vallée, le temps s'améliore (enfin tout est relatif car il pleut toujours) mais les chemins sont des rivières de boue liquide ou nous pataugeons jusqu'aux chevilles.

   

L'ambiance est tellement liquide que j'essaie de finir la descente en mono-ski, mais je n'ai pas les bonnes fixations, je renonce et décide de continuer à pieds, le ski'o sera pour une autre fois...

Nous arrivons finalement à la balise 13, il est 18h30, nous sommes en course depuis plus de 6 heures...

Au passage obligé nous tombons sur le Staff des organisateurs qui nous annonce que la course est terminée pour nous, et qu'il va falloir penser à rejoindre le bivouac le plus rapidement possible... c'est le coup de massue pour nous, à fond (bon OK à notre rythme) et encore en pleine forme nous étions vraiment motivé pour aller jusqu'au bout, pour le plaisir de finir. Le cœur serré nous entamons les petits 500m de dénivelle qui nous permettent d'enjamber la crête et passer dans l'autre vallée, celle de l'arrivée, plus que quelques kilomètres que nous décidons de finir tranquillement en papotant par la route et finalement l'arrivée en 7h20 de course au bibi tant attendu. Avant de rejoindre le camp une petite série de photos souvenirs (les cadrages sont ce qu'il sont en tenant une téléphone à bout de bras et à l'envers) un passage rapide par l'arrivée pour valider la dernière et un p'tit tour à la GEC, semblent marquer le point final de cette formidable journée.

 

Le camp semble désert, il n'y à pas beaucoup de tentes et fusent de partout des coureurs emmitouflés dans des couvertures de survie, les toilettes servent de refuge pour faire la popote, chacun fait comme il peut.

Nous décidons de monter la tente au moment ou une annonce est faite, le verdict est sans appel, face à l'hécatombe de la journée et aux conditions catastrophiques, l'organisation décide de jeter l'éponge et de rapatrier tout le monde à Villard au sec. L'ambiance est "les femmes et le enfants d'abord" tout le monde sera évacué dans l'ordre en commençant par le G jusqu'au circuit A en dernier. Nous partons à la recherche des copains que nous trouvons congelés et grelottant au fond de leurs tentes. Nous leurs annonçons la nouvelle, ils sont sacrément soulagés mais très angoissés à l'idée de devoir s'extraire de leur tentes. Je décide d'appeler Stef afin qu'il puisse venir nous chercher. Mon téléphone ayant pris l'eau et l'absense de réseau m'oblige à remonter un bon km pour essayer de capter, mais rien. Sur le bord de la route un camion s'arrête spontanément et me propose de me descendre sur Villard. Arrivé à Villard j'arrive à contacter malgré mon téléphone défaillant, Stef qui finalement arrive au bout de 20 minutes, je viens juste de poser mon sac pour la première fois depuis plus de 8 heures. Transi de froid je me colle dans sa voiture customisée de couvertures de survie. Pour la suite Stef l'a déjà raconté, nous avons encore "jardiné" une dernière fois pour retrouver le camp car incapable de me souvenir du chemin.

Voilà, j'ai été probablement trop long mais j'avais vraiment envie de partager cette éPOPée avec vous.

Je remercie tout particulièrement Laure pour avoir été une formidable équipière, j'ai pris beaucoup de plaisir à vivre cette aventure avec toi et espère vivement pouvoir remettre ça l'année prochaine (ou avant sur d'autres évènements) car on ne change pas une équipe qui gagne (ou qui finira par gagner un jour)

Merci à tous les autres copain Stef, Mimi, Seb, Cédric, JB, Julien pour votre amitié et votre grand cœur vous avez été formidables et je suis heureux d'avoir partagé cette aventure avec vous...

Pour terminer j'ajoute quelques photos des jours suivants, ou j'ai eu le plaisir de pourvoir vous faire découvrir ma "vieille" passion qu'est la spéléologie et quelques lieux du Vercors qui furent mon terrain de jeux il y a quelques années...

A bientôt, rendez-vous au pique-nique derrière la 255...

Thierry

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Commentaires   

#1 Laure Charlou 21-05-2013 15:48
Magnifique compte-rendu Thierry ! Tu n'as pas chômé et je retrouve à te lire toutes les aventures et les émotions de ce week end mémorable !!!

Effectivement, on ne change pas une équipe qui gagne (virtuellement, hein... mais ça n'est que partie remise ;-) ) et ça a été un vrai plaisir de partager cette aventure avec toi !

Une chouette épopée avec toujours de la bonne humeur et de la convivialité, un gîte bien rempli, des conversations animées et, en bon périgourdins, une table toujours bien garnie... Merci à tous les Biwvackeurs !!!!

Quant à la spéléo... merci Thierry pour cette initiation grandiose et assez intimidante. En ce qui me concerne, j'ai adoré ... et je sais ne pas être la seule :roll: !

Bises à tous et RDV en 2014 !!!!
#2 Stéphane Chagnon 21-05-2013 16:50
Yeaaahhh on y est encore !!! Enspérant que cela donne envie aux utres !!!!!! 8)
#3 Bruno Auzeloux 21-05-2013 19:39
Bravo les héros ! Merci Thierry pour nous transbahuter dans tes récits au fil de ton humour...J'ai mis du temps à me remetttre du bang du poteau :D , puis j'ai dévoré tes mots comme un petit récit d'aventure en haute montagne. ça s'étudie pour 2014... :-) Repopovations à vous deux !
#4 Alain ROLLAND 28-05-2013 17:39
Quelle aventure ! le principal étant que vous allez tous bien ,qu'il n'y a pas de bobo ...super expérience malgré tout sur l'aspect "il faut (presque) tout prévoir" ...même de laisser tomber .Je sais de quoi je parle ....Bravo à tous les participants à cette épreuve humide et dantesque ...vous pourrez dire :on y était à cette edition, et tout cela avec un esprit d'équipe : chapeau les jeunes!
un admirateur
popy

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